Document sans titreTorrent-Neuf ou Bisse de Savièse
Le 28 avril 1934, Louis Seylaz, qui avait
sillonné le Torrent Neuf de Savièse en compagnie de son ami
Charles Paris, qui en avait tiré des clichés d'une grande
valeur historique, écrivait dans les lignes de la Gazette de Lausanne
un article fameux intitulé « Adieux au Bisse de Savièse
». Il concluait ainsi :
« A l'automne, le vieux bisse, cinq fois centenaire,
sera abandonné pour toujours. Pendant des années encore, le
chenal désaffecté restera aux parois du Prabé, jusqu'à
ce que le temps inexorable ait fait disparaître à tout jamais
ce témoin de la prodigieuse audace, de l'invincible ténacité
d'une commune alpestre ».
L’Association pour la Sauvegarde du Torrent-Neuf
a été créée afin de redonner vie à ce
bisse vieux de 500 ans. Un chemin sera établi sur plus de 4 kilomètres,
deux tronçons seront remis en eau, des aménagements didactiques
seront installés et permettront d’observer les vestiges conservés
malgré les assauts du temps.
Coupe géologique
aux Branlires (Lugeon 1918)
Un vestige actuel de
boutzet (P.Vernez)
Le bisse et son environnement
La vallée de la Morge est caractérisée
dans la partie aval (dès 1300 m environ) par un parcours en
gorge, dont le secteur le plus impressionnant se situe au niveau du
Pont du Diable. La gorge a été creusée par la
Morge après le retrait du glacier de Tsanfleuron qui descendait
encore jusqu'au niveau de la chapelle de Chandolin il y a environ
15'000 ans.
Dans les parois du flanc nord-ouest du Prabé,
les alternances de calcaires et de schistes ne sont pas disposées
horizontalement, mais plongent en direction du sud, avec un angle
de plus de 20°. Le bisse ayant une pente très faible de
2-3°, il traverse ainsi toute une série de niveaux différents.
Ceci a très bien été mis en évidence par
le géologue lausannois Maurice Lugeon qui a parcouru le bisse
en 1918 pour dessiner la première carte géologique de
la région. A chaque barre calcaire, l'aqueduc a dû être
accroché à la paroi en le posant sur des boutzets (poutres
en bois), alors que dans les portions schisteuses, on pouvait se contenter
de creuser le canal directement dans le terrain.
C'est le nombre de grosses barres calcaires
traversées par le bisse qui explique l'importance des ouvrages
d'art en bois qui ont fait la réputation du Torrent Neuf. Nombre
de ces vestiges en bois sont encore visibles le long du tracé.
Le bisse et son histoire
Le Torrent Neuf a été construit
dès 1430. Bien que les sources écrites manquent pour des périodes
aussi reculées, tout porte à croire qu'il existait déjà,
avant le XVe siècle, un bisse qui amenait l'eau de la vallée
de la Morge vers le coteau saviésan. Ce canal est resté dans
la tradition populaire sous le nom de Croué Torin (Mauvais Torrent).
Débouchant sur le plateau de Savièse dans la région
de l'Etang de Mouchy (Moté de la Resse), à environ 1000 m
d'altitude, ce bisse ne permettait pas d'irriguer les prairies situées
sur les hauts de Savièse. Parallèlement d'autres bisses (Bourzi,
Tsampé, Déjour) dérivaient l'eau de la Sionne dont
le débit était inégal et insuffisant
Pour améliorer la situation et répondre
à de nouveaux besoins, les Saviésans, associés pour
l'occasion à quelques Sédunois, décident en 1430 de
faire construire un bisse de grande envergure que l'on connaît encore
sous le nom de Torrent Neuf. Depuis, le bisse a subi un certain nombre de
modifications du tracé et d'améliorations techniques.
Dans la première moitié du XVIe
siècle, le tracé est modifié afin d'augmenter les débits.
Cela implique le passage de la célèbre paroi des Branlires
à laquelle le bisse a dû s'accrocher à l'aide de la
construction de boutzets, dont plusieurs vestiges sont encore visibles.
Acte de construction du 6 juin 1430
(cliché : D. Reynard).
Au XVIIIe siècle, on remplace un
passage suspendu qui s'était effondré par le tunnel
du Moujerin. Dans les années 1880, la prise du bisse est prolongée
vers la Morge. On continuera l'exploitation du Torrent Neuf de cette
manière jusque dans les années 1930, période
à laquelle de nouveaux changements scelleront le destin du
Torrent Neuf.
En effet, le 28 avril 1934, le bisse est
mis en eau pour la dernière fois. Après une dernière
saison d'activité, la plus grande partie du bisse est définitivement
abandonnée en automne 1934 et le bisse est partiellement détruit.
Le 4 août 1935, le curé Jean, accompagné pour
l'occasion d'une population saviésanne mobilisée en
masse, bénit le nouveau tunnel du Prabé qui remplacera
dès lors le Torrent Neuf.
Les techniques de construction et d'entretien
Le Torrent Neuf, tout au long de son cours, est
un bon exemple de la variété des techniques de construction
des bisses. La technique la plus simple et la plus utilisée est celle
qui consiste à creuser le canal dans le sol meuble et à utiliser
le matériel extrait pour en faire un remblai. Celui-ci, servant également
de chemin, est parfois renforcé par des pierres ou par la plantation
d'arbres ou de buissons. Comme le bisse traverse parfois des terrains plus
résistants, il a fallu creuser à même le rocher (p.
ex. la nouvelle portion de 1880) ou percer de petits tunnels (Moujerin)
avec des moyens à l'origine rudimentaires. Plus souvent, on a préféré
accrocher un canal de bois à la paroi rocheuse. Ces passages, très
difficiles à construire et scabreux à entretenir, demeurent
aujourd'hui encore le symbole de l'audace des constructeurs du bisse.
Les droits d'eau
Au moment de son abandon, le bisse est l'affaire
d'un consortage. L'eau est répartie entre les consorts selon
leurs droits d'irrigation. Le droit d'eau est ensuite converti en
temps d'irrigation, par périodes que l'on nomme poses. La pose
correspond à 3 heures d'arrosage.
Chaque ayant-droit possède des parts
d'eau proportionnelles à l'étendue des terres à
irriguer. I contribue proportionnellement à ses possessions
(en argent et en corvées).
On a utilisé jusqu'à la fin
du XIXe siècle un bâton sur lequel étaient gravés
les marques de familles et les droits d'eau correspondants; parallèlement,
on tenait un registre écrit des parts de chacun.
Détail du bâton à marques
(cliché: P.Vernez)
Le
bisse est ouvert par secteur selon les conditions météo,
renseignements sous la rubrique "infos"
Le
Torrent-Neuf est à visiter au coeur du Valais, une promenade,
un patrimoine, une culture, bienvenue à Savièse! PA CAPONA!