Copyright 2019 © Bisse de Savièse/David Maréchal (Photos)
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Le Bisse

Historique

Le 28 avril 1934, Louis Seylaz, qui avait sillonné le Torrent Neuf de Savièse en compagnie de son ami Charles Paris, qui en avait tiré des clichés d'une grande valeur historique, écrivait dans les lignes de la Gazette de Lausanne un article fameux intitulé « Adieux au Bisse de Savièse ». Il concluait ainsi :   « A l'automne, le vieux bisse, cinq fois centenaire, sera abandonné pour toujours. Pendant des années encore, le chenal désaffecté restera aux parois du Prabé, jusqu'à ce que le temps inexorable ait fait disparaître à tout jamais ce témoin de la prodigieuse audace, de l'invincible ténacité d'une commune alpestre ».   L’Association pour la Sauvegarde du Torrent-Neuf a été créée afin de redonner vie à ce bisse vieux de 500 ans. Un chemin sera établi sur plus de 4 kilomètres, deux tronçons seront remis en eau, des aménagements didactiques seront installés et permettront d’observer les vestiges conservés malgré les assauts du temps.

Le bisse et son environnement

La vallée de la Morge est caractérisée dans la partie aval (dès 1300 m environ) par un parcours en gorge, dont le secteur le plus impressionnant se situe au niveau du Pont du Diable. La gorge a été creusée par la Morge après le retrait du glacier de Tsanfleuron qui descendait encore jusqu'au niveau de la chapelle de Chandolin il y a environ 15'000 ans.   Dans les parois du flanc nord-ouest du Prabé, les alternances de calcaires et de schistes ne sont pas disposées horizontalement, mais plongent en direction du sud, avec un angle de plus de 20°. Le bisse ayant une pente très faible de 2-3°, il traverse ainsi toute une série de niveaux différents.

Ceci a très bien été mis en évidence par le géologue lausannois Maurice Lugeon qui a parcouru le bisse en 1918 pour dessiner la première carte géologique de la région. A chaque barre calcaire, l'aqueduc a dû être accroché à la paroi en le posant sur des boutzets (poutres en bois), alors que dans les portions schisteuses, on pouvait se contenter de creuser le canal directement dans le terrain.   C'est le nombre de grosses barres calcaires traversées par le bisse qui explique l'importance des ouvrages d'art en bois qui ont fait la réputation du Torrent Neuf. Nombre de ces vestiges en bois sont encore visibles le long du tracé.  

Le bisse et son histoire

Le Torrent Neuf a été construit dès 1430. Bien que les sources écrites manquent pour des périodes aussi reculées, tout porte à croire qu'il existait déjà, avant le XVe siècle, un bisse qui amenait l'eau de la vallée de la Morge vers le coteau saviésan. Ce canal est resté dans la tradition populaire sous le nom de Croué Torin (Mauvais Torrent). Débouchant sur le plateau de Savièse dans la région de l'Etang de Mouchy (Moté de la Resse), à environ 1000 m d'altitude, ce bisse ne permettait pas d'irriguer les prairies situées sur les hauts de Savièse. Parallèlement d'autres bisses (Bourzi, Tsampé, Déjour) dérivaient l'eau de la Sionne dont le débit était inégal et insuffisant   Pour améliorer la situation et répondre à de nouveaux besoins, les Saviésans, associés pour l'occasion à quelques Sédunois, décident en 1430 de faire construire un bisse de grande envergure que l'on connaît encore sous le nom de Torrent Neuf. Depuis, le bisse a subi un certain nombre de modifications du tracé et d'améliorations techniques.   Dans la première moitié du XVIe siècle, le tracé est modifié afin d'augmenter les débits. Cela implique le passage de la célèbre paroi des Branlires à laquelle le bisse a dû s'accrocher à l'aide de la construction de boutzets, dont plusieurs vestiges sont encore visibles.  

 Au XVIIIe siècle, on remplace un passage suspendu qui s'était effondré par le tunnel du Moujerin. Dans les années 1880, la prise du bisse est prolongée vers la Morge. On continuera l'exploitation du Torrent Neuf de cette manière jusque dans les années 1930, période à laquelle de nouveaux changements scelleront le destin du Torrent Neuf.   En effet, le 28 avril 1934, le bisse est mis en eau pour la dernière fois. Après une dernière saison d'activité, la plus grande partie du bisse est définitivement abandonnée en automne 1934 et le bisse est partiellement détruit. Le 4 août 1935, le curé Jean, accompagné pour l'occasion d'une population saviésanne mobilisée en masse, bénit le nouveau tunnel du Prabé qui remplacera dès lors le Torrent Neuf.  

Les techniques de construction et d'entretien

Le Torrent Neuf, tout au long de son cours, est un bon exemple de la variété des techniques de construction des bisses. La technique la plus simple et la plus utilisée est celle qui consiste à creuser le canal dans le sol meuble et à utiliser le matériel extrait pour en faire un remblai. Celui-ci, servant également de chemin, est parfois renforcé par des pierres ou par la plantation d'arbres ou de buissons. Comme le bisse traverse parfois des terrains plus résistants, il a fallu creuser à même le rocher (p. ex. la nouvelle portion de 1880) ou percer de petits tunnels (Moujerin) avec des moyens à l'origine rudimentaires. Plus souvent, on a préféré accrocher un canal de bois à la paroi rocheuse. Ces passages, très difficiles à construire et scabreux à entretenir, demeurent aujourd'hui encore le symbole de l'audace des constructeurs du bisse.  

Les droits d'eau

Au moment de son abandon, le bisse est l'affaire d'un consortage. L'eau est répartie entre les consorts selon leurs droits d'irrigation. Le droit d'eau est ensuite converti en temps d'irrigation, par périodes que l'on nomme poses. La pose correspond à 3 heures d'arrosage. Chaque ayant-droit possède des parts d'eau proportionnelles à l'étendue des terres à irriguer. I contribue proportionnellement à ses possessions (en argent et en corvées). On a utilisé jusqu'à la fin du XIXe siècle un bâton sur lequel étaient gravés les marques de familles et les droits d'eau correspondants; parallèlement, on tenait un registre écrit des parts de chacun.